Mardi, 19 h 40, dans un gymnase de Rennes. L’entraînement vient de finir et l’air des vestiaires est froid. Une joueuse de quinze ans s’assoit sur le banc, les épaules remontées, une main à plat sur la poitrine. Elle siffle à chaque expiration et vide son sac sans trouver son inhalateur. Autour d’elle, personne ne bouge : personne ne sait si c’est grave.
Plus de quatre millions de personnes vivent avec l’asthme en France, et la maladie cause encore près de 900 décès par an. Une crise peut donc survenir devant vous, au club, au bureau ou à la maison. Tout se joue dans les premières minutes, sur quelques gestes simples et sur un signal précis qui doit vous faire prendre le téléphone.
Sur le banc, les signes sont là. La jeune fille siffle en soufflant : ses bronches se sont resserrées, l’air entre encore mais ressort mal. Elle tousse par quintes, sèchement. Sa main pressée sur la poitrine traduit une sensation d’étau, et ses phrases se hachent dès qu’elle essaie de s’expliquer. Surtout, elle refuse de s’allonger et reste penchée en avant, les mains sur les genoux : d’instinct, elle a trouvé la position qui l’aide à respirer.
Ce scénario n’a rien d’exceptionnel en cette saison. Virus de l’hiver, air froid et sec, effort, fumée ou poussière favorisent les crises, et Santé publique France observe chaque année une hausse chez les enfants dans les semaines qui suivent la rentrée.
Deux situations proches appellent d’autres gestes. Une gêne brutale après une piqûre, un aliment ou un médicament, avec un visage qui gonfle ou des plaques sur la peau, évoque une réaction allergique grave. Une personne qui mangeait et ne peut plus ni parler, ni tousser, ni respirer est victime d’un étouffement.
Mettez-vous à sa hauteur et posez des questions fermées. « Tu as ton inhalateur ? », « C’est comme d’habitude ? » : elle peut répondre d’un signe de tête, sans gaspiller son souffle. Dites-lui que vous restez près d’elle, et tenez parole. Si quelqu’un doit aller chercher de l’aide, envoyez une autre personne.
Supprimez ce qui a déclenché la crise. Faites cesser l’effort, éloignez la fumée ou la poussière, fermez la porte sur le froid. Inutile de la conduire ailleurs : marcher ou monter un escalier lui coûterait de l’air.
Laissez-la assise. Assise ou demi-assise, souvent penchée en avant, elle respire mieux. Allongée à plat sur le dos, elle serait davantage gênée.
Aidez-la à prendre son propre inhalateur. Tendez-le-lui, emboîtez la chambre d’inhalation si elle en utilise une, puis laissez-la faire selon la prescription de son médecin. Ne lui proposez pas, de votre propre initiative, le médicament d’un coéquipier, même s’il paraît identique.
Desserrez, couvrez, observez. Ouvrez son col, retirez son écharpe, posez une veste sur ses épaules si elle frissonne. Quand le médicament agit, l’amélioration se voit en quelques minutes : la voix revient, le sifflement diminue, le teint se recolore.

Même chez une personne asthmatique depuis l’enfance, une crise peut devenir grave. « Elle a l’habitude » ne justifie jamais d’attendre.
Composez le 15 ou le 112 au premier de ces signes, sans attendre qu’un deuxième apparaisse. Elle ne parvient plus à finir une phrase : l’air ne passe presque plus. Ses lèvres ou ses ongles bleuissent, son teint devient gris : son sang manque d’oxygène. Elle s’agite, puis devient somnolente ou confuse : elle s’épuise.
Le même réflexe s’impose si l’inhalateur reste sans effet, si la gêne revient peu après, ou si elle n’a pas son traitement sur elle. Et lorsqu’elle vous dit que cette crise ne ressemble pas aux autres, croyez-la : personne ne connaît mieux sa maladie qu’elle.
Au téléphone, donnez l’adresse exacte, avec la rue et l’entrée du bâtiment, puis décrivez ce que vous voyez. Précisez qu’elle est asthmatique, quel médicament elle a pris et à quelle heure. Restez en ligne jusqu’à ce qu’on vous autorise à raccrocher : le médecin régulateur peut vous guider pendant l’attente.
Si elle perd connaissance tout en respirant, placez-la en position latérale de sécurité. Si elle ne respire plus, ou plus normalement, commencez le massage cardiaque et faites apporter un défibrillateur. Notre article sur massage cardiaque, défibrillateur et PLS détaille ces gestes.
Numéros d’urgence
15 : SAMU, urgence médicale
18 : sapeurs-pompiers
112 : numéro d’urgence européen, depuis n’importe quel téléphone
114 : par SMS ou application, pour les personnes sourdes, malentendantes ou qui ne peuvent pas parler
Retour au gymnase. Cette fois, le sac est vraiment vide : l’inhalateur, souvent de la Ventoline, est resté dans la voiture d’un parent. La situation est fréquente, et c’est souvent là qu’on perd du temps à espérer que « ça passe ».
Gardez-la assise, au calme, et menez deux actions de front. Envoyez quelqu’un récupérer son traitement s’il se trouve à proximité, et appelez le 15 sans attendre son retour. Le médecin évaluera la gravité au téléphone et vous indiquera la conduite à tenir. Utiliser l’inhalateur d’une autre personne relève de sa décision, pas de la vôtre.
Un jeune enfant ne sait pas toujours dire qu’il manque d’air. Il tousse, s’arrête de jouer, s’agrippe à l’adulte le plus proche. Observez sa poitrine : si la peau se creuse entre les côtes ou au-dessus du sternum à chaque inspiration, il lutte pour respirer.
Les gestes ne changent pas. Chez les plus petits, l’inhalateur s’utilise avec une chambre d’inhalation munie d’un masque, maintenu bien appliqué sur le nez et la bouche le temps de quelques respirations.
À l’école, l’enfant asthmatique bénéficie souvent d’un projet d’accueil individualisé (PAI), dont la fiche d’urgence précise la conduite à tenir et le traitement. Clubs et centres de loisirs ont tout intérêt à demander ces consignes aux familles dès l’inscription, puis à les ranger avec la trousse de secours. Pour les professionnels de la petite enfance, la formation premiers secours à l’enfant aborde ces situations en quatre heures.

Le jour venu, vous n’aurez pas cet article sous les yeux. Ce qui vous guidera, ce sont les gestes déjà répétés une fois, en situation. La lecture donne des repères ; seule la pratique donne l’assurance.
Pendant la formation PSC, les formateurs bénévoles de l’UDPS35 vous confrontent à des cas concrets : une personne qui fait un malaise, qui s’étouffe, qui ne respire plus. Vous apprenez à protéger, observer, alerter avec les mots justes, installer la victime et agir jusqu’à l’arrivée des secours. La session dure sept heures et ne demande aucun prérequis.
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Publié le 16 octobre 2026